JEAN BERNHARI - Ô NORD DE MARIA suivi d’ÉCLIPSE
Enregistré en concert le 6 septembre 2011.
ÉCLIPSE est issue d’une collaboration entre Marie Brassard et Jean Bernhari.
Ô NORD DE MARIA
Laisse-moi être / ce quelqu’un d’autre / qui parmi les autres / a connu toutes les mers / la barbe forte / le regard bleu / qui demain te rencontre / Il arrive cheval / a connu toutes les vallées / tous ses hivers / ne te rappellent pas / la brunante / mais l’aurore polaire au tout nord de Maria / Laisse-moi être / ce quelqu’un d’autre / moi l’Allemagne toi ma Russie / comme deux carnavals / d’une même étincelante parade / Pas un pas vers demain / sans galop vers hier / une perle noire / aujourd’hui / c’est Bartabas sur son cheval / et une foule qui s’impatiente / Après tout n’avons nous pas tous et chacun / ne serait-ce que d’un peu / de ce quelqu’un d’autre / d’une ville fantôme qui se noie sans témoin / sous une vague d’espérance / Laisse-moi être / ce quelqu’un d’autre / car je n’ai connu les guerres / ni d’Allemagne ni de Russie / j’ai le regard brun / la barbe frêle / et tout fait beige en ce pays / Ce pays c’est ainsi ce n’est pas le mien / mais c’est bien encore et toujours celui / de ce quelqu’un d’autre / il a marié mes frères / épousé ma sœur / et il s’endimanche / d’une auréole en sucre d’orge / Alors voilà / voilà qui est fait / voilà qui est dit / voilà que j’écris / au nord de Maria
ÉCLIPSE
Quatre heures du matin / Ta lumière s’éteint / De la rue d’où je la regarde / Ta fenêtre t’éclipse / Tu disparais derrière la vitre / Je me vois maintenant dedans / Et tout autour de mon reflet / La lune dessine des arbres noirs / Que le vent dehors fait bouger / À cinq heures du matin / Devant la maison où tu dors / Le jour redessine le monde / Comme il était avant / Juste sans toi dedans / C’est difficile à croire / Que tout cela n’existe plus / Que tout cela s’éteint / Que tout cela rejoint le rien / Quand le soleil s’allume / Me regardes tu? // Je marchais cette nuit dans la ville / Égaré dans les rues / J’ai reconnu ton visage/ Et ton corps en silhouette / Tu marchais là dans la demeure / À la lumière du salon / J’ai senti monter les larmes / Devant le trèfle improbable / J’ai épluché la lune / Sans savoir pourquoi / Tous les soirs j’ai cherché à connaître l’autre visage / De nous il me reste une chambre / De nous il me reste un nous de voyage / Là tout au bout de la route
(texte de Marie Brassard et Jean Bernhari)





